[Interview] A-ha : Un Groupe mais pas des amis
resume C'était rarement arrivé ces 20 dernières années: Morten Harket (55 ans), Magne Furuholmen (52 ans) et Pål Waaktaar-Savoy (53 ans) se retrouvent assis ensemble dans la même chambre d'hôtel à répondre aux interviews de la presse.
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C'était rarement arrivé ces 20 dernières années: Morten Harket (55 ans), Magne Furuholmen (52 ans) et Pål Waaktaar-Savoy (53 ans) se retrouvent assis ensemble dans la même chambre d'hôtel à répondre aux interviews de la presse.
Morten Harket, habitué à cette situation qui le laisse de marbre, lance: «Cela ne se renouvellera pas de sitôt»
Car le trio norvégien a-ha n'a jamais vraiment été soudé. Quand, début mars, il a annoncé sa reformation, il n'a pas manqué de rajouter rapidement qu'il ne serait question que d'un album suivi d'une tournée.
Comment les membres de a-ha perçoivent leurs retrouvailles après 5 ans, comment en sont-ils arrivés à la réalisation de leur dixième album studio «Cast In Steel», et pourquoi se côtoient-ils à peine lors des tournées: c'est totalement détendus qu'ils en parlent lors de cette interview à Berlin.

magistrix: Combien de cartes d'anniversaire vous êtes -vous mutuellement envoyés durant les 5 ans qu'ont duré la séparation de a-ha?
Morten Harket: Des cartes d'anniversaire? Nous ne sommes pas des filles!

magistrix: Des nouvelles par texto?
Harket: ça se passe quand ça se passe. Nous sommes très cools avec ça.
Magne Furuholmen: Et quand il y en a un qui arrive, nous sommes toujours surpris d'avoir des nouvelles des autres.
Harket: Mais c'est comme ça que doivent se vivre les relations : maintenir les moments de surprises!

magistrix: Un «Salut, comment vas-tu?», est-ce que-c'est déjà arrivé du coup?
Harket: Écoutez, il ne s'agit pas là d'une relation romantique. Le romantisme ne se rattache pour nous qu'à la musique. Pour elle, nous sommes à l'affût des moments où se passe la magie entre nous.

magistrix: Pour devenir vraiment de bons amis, peut-être que vous auriez dû aller plus souvent boire un coup ensemble?
Furuholmen: Oui, peut-être aussi que nous aurions dû consommer plus de drogues (rires) Peut-être que nous ferons ça quand nous aurons 90 ans et que là nous deviendrons tous les trois de très grands potes. Nous surprendrons alors tout le monde!

magistrix: Comment cela se passe donc en tournée, avez-vous trois bus?
Furuholmen: ça, nous ne l'avons pas encore décidé. Mais, que ce soit en tournée ou en-dehors, nous vivons de toute façon séparément les uns des autres. Et c'est comme ça depuis déjà pas mal d'années.
Harket: Les raisons en sont pragmatiques: quand nous travaillons, cela doit fonctionner. Chacun de nous a des besoins similaires, mais notre approche pour les gérer n'est pas forcément la même.

magistrix: Cela est-il déjà arrivé que votre première rencontre lors d'un concert se fasse sur la scène?
Furuholmen: Non, la plupart du temps cela se passe en coulisses, juste avant de monter sur scène.
Harket: Mais il n'y a pas d'élaboration d'un quelconque plan pour ça. Et puis, de toute façon: dans la salle d'opération d'un hôpital, les intervenants ne passent pas du bon temps ensemble avant d'opérer. Le chirurgien s’attelle directement à la tâche et a une équipe de professionnels autour de lui. Ils sont là pour faire le job. Auparavant, ils respectent la vie privée des uns et des autres. Cela ne veut pas dire qu'ils ne s'apprécient pas.
Furuholmen: Mais il est aussi possible qu'ils ne s'aiment pas, ce qui ne rend pas le résultat plus mauvais pour autant.
Harket: Parce qu'ils laissent leurs sentiments personnels à la porte de la salle d'opération. Ils sont là pour quelque chose d'autre qu'eux-mêmes.

magistrix: Quelques semaines avant le «Final Tour», votre collègue Pål Waaktaar-Savoy disait déjà «Moi je ne veux pas du tout enterrer a-ha, mais les autres le veulent!»
Furuholmen: C'est exact. La situation était alors précisément celle-ci: Morten et moi-même voulions mettre un terme à nos engagements avec a-ha. Pål aurait bien aimé faire encore un autre album.
Cette fois-ci, Morten et Pål avaient déjà commencé avec quelques enregistrements. Pour moi, c'était encore une autre situation que celle de 2010. Ce fut bien plus facile pour moi de dire «oui».
Harket: Tout cela résonne toujours comme si nous avions promis de ne plus jamais revenir....
Furuholmen: De ce fait, on ne peut pas nous faire confiance.

magistrix: Il y avait déjà une rumeur de retrouvailles l'année dernière. Monsieur Harket, vous aviez à ce moment-là démenti. Quand avez-vous su en fait que a-ha allait revenir?
Harket: Là n'est pas la question. La question est à partir de quand voulions-nous en débattre? Je n'ai pas menti à l'époque, je n'avais juste pas de réponse à donner à ce propos, parce-qu'il n'y avait encore rien dans les starting blocks. Nous en avons d'abord dans un premier temps beaucoup discuté. Parce-que nous sommes tous conscients des engagements qu'entraîne un «oui». Tu dois quasiment mettre tout le reste de ta vie de côté. Et avant l'enregistrement d'un album, il n'y a pas encore de «nous». Mais quand c'est terminé, alors nous sommes dans le meilleur des cas un «nous».
Furuholmen: Moi je pense que nous le savions il y a exactement neuf mois. Nous avions alors pris la décision que nous ne nous réunirions qu'avec un nouvel album. Après les neuf mois de gestation, ça y est le bébé est là.

magistrix: Aimez-vous le mot reformation? Ou préférez-vous le mot comeback?
Pål Waaktaar-Savoy: Nous ne réfléchissons pas à de tels mots à partir du moment où a-ha recommence à nouveau. Nous faisons simplement ce qui fonctionne le mieux pour nous. En outre, toutes les pauses qu'a fait a-ha précédemment ont toujours été positives pour le groupe.
Furuholmen: Chez nous le mot «Comeback» peut correspondre déjà au deuxième album. En fait, chacun de nos albums a été un comeback. Peut-être que nous devrions un jour faire une pause plus longue, de manière à ce que c'en soit vraiment un.

magistrix: Avez-vous été tout de même mal à l'aise lorsque vous avez dû annoncer les retrouvailles au bout de seulement cinq ans de pause lors d'une conférence de presse?
Furuholmen: Oh non, ce n'était pas vraiment différent que lors d'autres conférences de presse. C'est généralement toujours un peu gênant.
Waaktaar-Savoy: Le plus marrant, c'est que personne ne nous a posé de question à ce sujet. Les mots reformation ou comeback n'ont pas été prononcés une seule fois. Aucune idée si les journalistes ont été préalablement priés de s'abstenir à ce propos. Toujours est-il que cela m'a surpris.
Furuholmen: Sans doute qu'ils ont été seulement polis. Nous avions décidé de définitivement nous séparer en 2010. Et puis, nous sommes revenus sur notre décision. Du coup tu t'attends à une succession de questions stupides.
Harket: Je n'arrive pas à comprendre tout le tapage qu'il y a autour de ça. Je trouve que les retrouvailles, c'est une chose très naturelle. Nous avions arrêté parce que nous le voulions et que ça n'avait plus de sens pour nous de continuer avec a-ha. Et à l'époque c'était la vérité. Nous avons été continuellement pris en tenaille par la presse qui devisait «Pouvez-vous garantir que la séparation est définitive?» Et nous répondions: «Nous ne pouvons pas prédire l'avenir!» Et là c'est comme un nouveau projet dans lequel on se lance ensemble, il n'y a rien d'étrange là-dedans. A moins que nous ne nous sautions à la gorge pour nous entre-tuer, alors là nous saurons que c'est vraiment terminé pour de bon avec a-ha.

magistrix: Monsieur Harket, vous avez dit un jour qu'à partir du moment où a-ha a quitté la scène en 2010, vous avez reçu de nombreuses propositions financières, les unes plus intéressantes que les autres, pour une reformation du groupe. Est-ce que cette fois la somme proposée a atteint des sommets imbattables?
Furuholmen: Pour faire court, oui. En parler plus longuement est plus compliqué.
Harket: Pour ce qui touche à l'argent, on doit se comporter en adulte. L'argent est un lubrifiant pour la machine. Autrement, nous n'aurions pas de professionnels autour de nous qui effectuent leurs jobs dans le sens qui nous convient. Pour que tout fonctionne, il faut aussi les finances qui vont avec.
Waaktaar-Savoy: Mais nous ne nous serions pas lancés là-dedans, si nous n'avions pas été d'avis que nous avions quelque chose de nouveau et de formidable à partager. Nous avons commencé à travailler sur l'album de façon très confidentielle, pour déjà voir dans un premier temps ce que ça allait donner.
Harket: Les retrouvailles se basent sur de bonnes chansons. Si on ne le ressent pas, alors on dit encore et toujours «non». L'argent n'a donc pas été la force motrice de ces retrouvailles, même si nous respectons cet aspect financier.

magistrix: Monsieur Waaktaar-Savoy, vous avez dit en 2010 que l'alchimie au sein du groupe pouvait être très destructive. Qu'en est-il aujourd'hui?
Harket: Toujours aussi destructive! (rires) Non, soyons sérieux: l'album sonne t-il comme destructif? Ou peut-être malgré tout pas encourageant? Est-ce que ces retrouvailles ont finalement porté leurs fruits? Nous avons mis la barre très haut, c'était le vrai défi pour nous.
Furuholmen: En 2010 j'avais le sentiment qu'on était au bout, qu'il n'y aurait plus rien à faire pour le groupe. Mais maintenant je suis heureux que nous ayons fait cet album.

magistrix: Y a-t-il cette fois davantage de chansons de votre composition sur cet album Monsieur Harket? Car vous avez entre-temps écrit beaucoup de chansons en tant qu'artiste solo.
Harket: Deux chansons sur douze sont de moi et de mon compagnon d'écriture Peter Kvint. En ce qui me concerne, il faut que je ressente de façon naturelle qu'une chanson correspond à un album de a-ha. Ça marche comme cela pas seulement avec mes chansons, mais aussi avec celles des autres.

magistrix: La chanson «Forest Fire» rappelle beaucoup «Take on me». C'est voulu?
Furuholmen: Absolument.
Harket: Elle ne la rappelle pas encore suffisamment!
Furuholmen: En 2013, le groupe «The Strokes» a sortit "One Way Trigger", une chanson qui reprend le rythme de «Take on Me». Vraiment un morceau super cool, qui était très clairement inspiré de nous. Alors il y a eu cette réaction: «Nous allons nous réapproprier notre chanson». ça a été une expérience. Mais au-moins nous n'avons pas à avoir honte de ça.

magistrix: A l'époque, il y a 30 ans, vous avez connu un gros succès avec Take on me. L'aviez-vous au-moins fêté ensemble?
Furuholmen: Oui, effectivement, nous l'avons fêté! Devenir numéro un en Amérique avec ce titre, ce fut un moment mémorable pour nous. Il y a d'ailleurs une vidéo-souvenir de trois minutes où on voit Morten danser sur une table. C'est rare, mais bien.

Copyright (c)Septembre 2015


Photos par Universal Music DE
Interview réalisée par Magistrix.de [lien d'origine]

Traduction français par Sabrina Mutzig de l'équipe A-ha France. Vous n'êtes autorisé à diffuser que partiellement cette traduction et uniquement sous réserve d'ajouter un lien vers cette publication.